La plus vieille rue de Brest

La rue Saint-Malo

A Brest, la rue Saint-Malo est connue pour être la rue la plus vieille de la ville.

Laissez-moi vous conter l’étonnante histoire d’un lieu atypique qui aurait dû disparaître plusieurs fois.

Pendant la 2ème guerre mondiale, Brest a été détruite à plus de 95%. Entre 1940 et 1944, 165 bombardements ont pilonné la ville. Rien que pendant le siège d’août à septembre 1944, 30 000 bombes et 100 000 obus se sont abattus sur Brest en 45 jours.

Sur les 16 500 immeubles existant avant-guerre, seuls 200 étaient encore debout, dont 4 seulement dans le centre-ville. Les habitations de plus d’un siècle sont donc rarissimes à Brest. Pourtant, dans ce déluge de feu, une rue a été en partie miraculeusement épargnée, avec 13 immeubles encore debout sur une centaine de mètres. Une rue ordinaire au destin insolite. La rue Saint-Malo.

La rue Saint-Malo (Brest, Finistère, Bretagne).

La rue Saint-Malo est née en 1694 pour loger les ouvriers du port, situé sur les rives du fleuve la Penfeld, qui traverse Brest avant de se jeter dans l’océan (plan).

Le 17 de la rue Saint-Malo (Brest, Finistère, Bretagne).

A 73 ans, Mireille Cann est la seule habitante de la rue, dans sa partie historique. Aujourd’hui, la rue continue vers l’ouest avec des constructions plus contemporaines. Ce sont les maisons les plus proches du port qui sont les rescapées de l’histoire.

Le grand mur qui fait face aux maisons est celui du refuge royal, construit à la fin du 17ème siècle pour y enfermer les « filles de petite vertu et de mauvaise vie », folles, handicapées, orphelines, libres penseuses… Elles y étaient marquées au fer rouge de la fleur de Lys. Ce fut aussi un lieu de pension pour veuves d’officiers ou femmes mises au secret par leur marin de mari pendant leur absence.

La rue Saint-Malo (Brest, Finistère, Bretagne).

Après la guerre, ce sont les projets de modernisation urbaine qui menacent la rue Saint-Malo de disparition. En 1965, elle a failli être rasée pour insalubrité. En 1989, c’est décidé, la rue doit être complètement détruite. C’est sans compter sur Mireille Cann qui décide d’occuper une maison en ruine pour sauver ce qui reste du patrimoine historique de Brest. Elle savait que si elle quittait la rue une seule journée, les engins de chantier démoliraient tout.

Finalement, la ville lui remit les clefs du numéro 17, la seule maison qui restait potentiellement habitable. Aujourd’hui, elle y vit toujours !

En juillet 1989, Mireille Cann crée l’association « Vivre la Rue » (loi 1901), entourée de ses 4 filles et de quelques amis. L’objectif est de réhabiliter le site de la Rue Saint-Malo pour en faire un lieu de création, de convivialité, de partages et d’actions culturelles.

La Maison Bleue de la rue Saint-Malo (Brest, Finistère, Bretagne).

Aujourd’hui, la rue Saint-Malo abrite une résidence d’artistes, « la Maison Bleue », un musée qui retrace son histoire, un café-épicerie bio, un bar à chats, une petite scène pour des concerts le soir… Tout cela dans un joli décor de verdure et peintures murales. Et chaque matin, Mireille nettoie la rue pour accueillir au mieux les visiteurs, de plus en plus nombreux.

Détails de la rue Saint-Malo (Brest, Finistère, Bretagne).

Si vous passez dans le quartier, venez découvrir la rue Saint-Malo et laissez-vous surprendre par son ambiance, ses recoins cachés, ses détails…

Une cinquantaine de chats vivent ici. Celui-ci n’avait pas l’air content que je le surprenne à travers la brèche d’une maison. Paparazzi !

Un des chats de la rue Saint-Malo (Brest, Finistère, Bretagne).

Si vous êtes curieux, vous découvrirez un monde parallèle à la rue « principale ». Je vous livre cet indice photographique… 😉

Chemin caché de la rue Saint-Malo (Brest, Finistère, Bretagne).

Afin de vous éviter un article trop long, je n’ai pas évoqué beaucoup de détails historiques ou anecdotiques. Si l’histoire de la rue Saint-Malo et de Mireille Cann vous touche, voici quelques liens vers plus d’informations :

RTL : « Brest, une septuagénaire a sauvé la plus vieille rue de la ville »

Ouest-France : »L’histoire de la rue Saint-Malo, l’un des rares vestiges du vieux Brest »

Interview de Mireille Cann, fondatrice de l’association « Vivre La Rue » (histoire de la rue, du quartier, anecdotes, relations avec les habitants, les politiques…)

Association « La Maloïne » : Article très documenté sur l’histoire de la rue Saint-Malo, avec photos, archives historiques, plans et journaux d’époque…

Présentation de l’association « Vivre la Rue ».

La rue Saint-Malo a même sa page Wikipédia !

Et pour les plus pressés, une petite vidéo :


Belle journée !


43 réflexions sur “La plus vieille rue de Brest

  1. Merci pour cette escapade loin de mon Alsace 🙂 de belles photos viennent enrichir ce bel article à l’avant-gout de vacances 🙂
    Belle fin de journée à toi Phil 🙂

    • Les vacances de Noël ? 🙂 Tu as raison d’y penser car Brest est souvent la ville la moins froide de France en hiver. Les mauvaises langues disent que la température y est la même toute l’année. 😛
      Merci et bonne soirée, Jean-Noël.

  2. Merci Phil pour cette belle histoire. Quelle chance que cette rue ait échappé aux bombardements de la guerre et pu être sauvée, par la suite, de la folie hygiéniste! Souvent la vie du patrimoine, comme la nôtre, ne tient qu’à un fil!
    Bise.

  3. Magnifique article.
    C’est quand même dommage qu’il faut se battre pour préserver ce site du patrimoine brestois.
    Un grand Merci, donc, à Mireille et sa poignée d’artistes.
    Cette rue est pratiquement la seule survivante des bombardements.
    Les vieilles pierres ne sont pas nombreuses à Brest.
    Il y a quelques unes quand même.
    J’y vais souvent dans cette rue encore pavée, voisine de l’ancienne prison de Pontaniou.
    Il faut garder tout ça.
    Et d’ailleurs, je félicite aussi le fait que les élus, tout près de là, est réussi (pour moi),
    à faire du Plateau des Capucins, une attraction culturelle, et en préservant toute l’ossature
    des anciens ateliers de l’Arsenal.

    Un grand Merci à toi , évidemment Phil, pour ce très beau reportage.
    Et je vais aller voir les liens.

    • Nous aurions pu nous croiser dans la rue Saint-Malo. 😉
      Je pense justement faire un article sur les Ateliers des Capucins. J’ai bien apprécié cet endroit un peu insolite avant de prendre le téléphérique.
      Merci et belle soirée à toi, Gil.

      • Oui, on aurait pu se rencontrer là.
        Même que pas plus tard qu’il y a trois jours, j’y étais.
        Et nous avons évidement, les mêmes clichés.
        (mes images sont moins professionnelles, ça va de soi.)
        A bientôt alors, dans le téléphérique qui surplombe la Penfeld,
        et Aux Capucins dont le plateau a aussi, sa petite histoire.

  4. Una calle con encanto y llena de vida. Los amigos que hace muchos años me llevaron a Brest.. Conocían los restaurantes y… terminamos en el puerto. Gracias por el paseo. Salud y saludos.

  5. Passionnant cette description de l’histoire d’une ancienne rue. Lyon a aussi connu des soubresauts de son histoire architecturale. Peu après la seconde guerre des projets de destruction du Vieux Lyon (16e siècle) ont été votés au motif que le quartier était insalubre et mal famé. Je ne me souviens plus dans quelles circonstance il a été fait obstacle à ce projet insensé, peut-être une Mireille :), mais un plan de réhabilitation complète a été mis en œuvre et aujourd’hui c’est un des plus beaux quartiers de la Ville où affluent les touristes.

    • J’ai l’impression qu’une restauration intelligente de vieilles pierres témoignant de l’histoire d’un lieu intéresse bien plus les gens que des immeubles neufs et sans âme. Cela semble se confirmer partout dans le monde. On a besoin de se souvenir du passé, de nos racines. Et comme cela attirent les touristes (et donc l’argent), les politiques l’ont bien compris.

  6. Merci Phil pour cette balade insolite. Perso, ce qui me désespère, c’est – encore et toujours – la médiocrité des élus qui ont tôt fait d’oublier l’histoire de leur Ville, au nom de considérations douteuses. Hélas, beaucoup de pays sont frappé de cette cécité historique (et la Belgique en est un des champions !). Mais il reste des Mireille et des Philippe pour ridiculiser ces gens, merci.

    • Certains politiques sont plus sensibles aux arguments des promoteurs qu’à celui des historiens. Heureusement, le tourisme vient au secours de l’histoire car il génère des revenus et des emplois sur une période beaucoup plus longue que celle des promoteurs. 😉

    • Trop tard. De plus en plus de curieux visitent la rue Saint-Malo. Elle est devenue un lieu touristique en plus d’un élément rare du patrimoine de Brest. Cependant, aujourd’hui, elle ne figure dans aucun des 3 guides touristiques que j’ai chez moi.
      Je pense qu’aucun politique ne voudra prendre la responsabilité de tout détruire. Trop risqué !
      Bon dimanche à toi aussi.

  7. Sympa ton article, et belles photos, comme d’hab’ mais bon, on te connaît pourssa kanmaim’, les jolies photos…
    Bonne idée de guide de voyages, j’habite à Toulouse un quartier frappé de destruction signée Kaufman & Broad ou une saloperie dans le genre, qu’importe c’est la même bande. La résistance à été vaincue grâce aux élu-e-s et à l’épaisseur des enveloppes, il aurait peut-être fallu une mémé dynamite incorruptible comme celle-là de la rue de Saint-Malo…
    >https://www.youtube.com/watch?v=eVfcP_FgDgc
    Mais too late!

    De Brest, je ne connais que cette belle histoire http://www.ville-plouzane.fr/index.php/fr/d-hier-a-aujourd-hui/l-histoire/4-1600-tonnes-d-or-au-large-du-minou
    Laquelle fait le lien avec un autre de tes articles cela dit….
    ‘Taing fô que j’aille à Brest…..
    C’est loin pour les Toulousains….

    • A peu près aussi loin que le chemin emprunté par les Bretons qui vont visiter Toulouse. C’est vrai que ça fait un bout..
      Ça te fera juste une petite prolongation pour la prochaine fois que tu séjourneras dans le Morbihan… 😉

      • Oui et tes derniers articles fournissent bien de la matière intéressante il faut dire,
        Je suis allé voir ce Chemin Secret et la Nature du travail de l’artiste,
        Intéressante démarche dans laquelle on retrouve un lien historique à l’Asie, également très présente aussi dans une autre cité maritime bretonne : Lorient.
        Belle réalisation vivante, il y est cela dit fait mention à la « Conscience’….

          • Ha oui, la référence et effectivement célèbre, mais l’artiste qui a réamlisé cette oeuvre à la demande de « Mémé Dynamite » est plutôt slave pourtant… Qu’importe….
            Non, moi je faisais référence à Lorient célèbre port des marchandises en provenance de l’Orient dans l’histoire des colonisations… En effet, il y a un musée à Port-Louis qui selon les expositions du moment présente divers aspects des pillages des comptoirs asiatiques, notamment vie les deux seuls comptoirs auxqueles les français avaient accès (Canton et Pondichery. De magnifiques Trésors sont parfois visibles ainsi que des présentations sur les cultures de ces contrées lointaines dont le point d’entrée en France était Lorient.
            Brest, c’était plutôt pour la baston avec les Schleus, les Espinguoins et autres rosbifs, il me semble…. @ Lorient il fumaint peinard les cazrgaisons d’opium, Ha Ha Ha !!! à l’ombre des précieuses soies de chine tendues entre deux toriis…, doigts de pieds en éventails en regardant la mer

              • Parles-en à des africains ou bien avec des canaques ou encore des antillais ou des reunionnais.

                Danss l’actualité ces jours-ci, il est question du retour d’œuvres africaines spoliées aux peuples africains. Il se trouve que je connais le petit fils du dernier roi du Dahomey envoyé en esclavage aux Antilles, comme quoi l’histoire est encore très fraîche hein….
                Et puis, si tu passes en Corrèze à la Fondation Jacques Chirac (Muséedu President), et tu auras de quoi comprendre qu’en effet, pour certain-e-s la vie est simple…. À vomir autant que à pleurer…

                • L’histoire du Monde n’a jamais été un conte de fée et nos ancêtres n’avaient pas l’exclusivité des exactions de toutes les époques. C’est bien que les descendants reconnaissent les erreurs de leurs aïeux, mais ça ne sert à rien de se flageller en permanence pour des fautes commises par d’autres.
                  Tu veux une bassine ou un mouchoir ?

                  • Je suis un destructeur de mega-bassines, « Laigne (17) : démantèlement d’une méga-bassine illégale », sur lundi.am [« https://lundi.am/4356 »]
                    Tu peux toujours penser que c’est le moins pire des maux que de trouver des excuses aux modes de pensées et d’agir qui sont le fruit de formes de pouvoirs qui n’ont pour effets que la destruction et la propagation de l’injustice de l’inégalité, de la souffrance à des seules fins d’accumulation au produit de certains et au détriment des autres.
                    Je ne me satisferai jamais des seuls constats, alors garde la bassine et les mouchoirs, le cutter me suffit,
                    Mais ça manque clairement d’opium pour regarder la mer et les bateaux entrer et sortir des ports avec toute l’histoire dans leurs flancs, Tè
                    Elle est très belle ton histoire de la rue,

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