Natzweiler-Struthof

Le camp de concentration de Natzweiler-Struthof

Je préviens tout-de-suite les âmes sensibles : Ce n’est pas l’article le plus joyeux du blog.

Le site de l’ancien camp de concentration de Natzweiler-Struthof est situé à Natzwiller, à une quarantaine de kilomètres de Strasbourg (Alsace). C’était le seul camp de concentration sur le territoire français.

Le camp est situé à 800 mètres d’altitude, dans les Vosges. Dans ce joli cadre, les déportés (sur)vivent un véritable enfer de mai 1941 à septembre 1944.

L'entrée du camp de concentration de Natzweiler-Struthof.
L’entrée du camp de concentration de Natzweiler-Struthof.

Environ 52 000 personnes sont internées dans le camp principal et dans ses nombreuses annexes. Elles sont originaire de toute l’Europe et sont principalement des déportés politiques, des résistants, mais aussi des Juifs, Tsiganes, Témoins de Jehovah, homosexuels, détenus de droit commun, asociaux… Près de 40% d’entre eux n’ont pas survécu.

Panneau au-dessus de l'entrée du camp de concentration de Natzweiler-Struthof.
Panneau au-dessus de l’entrée du camp de concentration de Natzweiler-Struthof.

La maquette ci-dessous montre le camp (nord en bas). En bas à gauche, le bâtiment du four crématoire. En bas à droite, la prison. Les autres baraquements sont les dortoirs des déportés, ainsi qu’une cuisine et des bureaux.

Maquette du camp de concentration de Natzweiler-Struthof.
Maquette du camp de concentration de Natzweiler-Struthof.

La photo ci-dessous montre le camp vu de l’extérieur (nord en haut). Il ne reste que le bâtiment du four crématoire, la prison, la cuisine et un baraquement transformé en musée. Les emplacements des baraquements disparus sont encore bien visibles.

Le camp de concentration de Natzweiler-Struthof vu de l'extérieur.
Le camp de concentration de Natzweiler-Struthof vu de l’extérieur.

Passer la porte d’entrée d’un ancien camp de concentration, c’est comme entrer en enfer. On connait l’horrible histoire mais ici, on la touche du doigt. C’est concret. C’est glaçant…

Grillage barbelé de l'entrée du camp.
Grillage barbelé de l’entrée du camp.

À l’origine, le camp de Natzweiler-Struthof a été édifié pour exploiter une carrière de granit rose afin d’alimenter les projets architecturaux monumentaux du IIIème Reich. Les déportés y travaillaient dans des conditions épouvantables, jusqu’à la mort par épuisement pour beaucoup. La faim, le froid et les violences quotidiennes contribuaient également à l’importante mortalité de ce camp.

L'entrée du camp vue de l'intérieur.
L’entrée du camp vue de l’intérieur.

À partir de septembre 1943, le camp de Natzweiler-Struthof est désigné pour recevoir tous les détenus Nacht und Nebel (Nuit et brouillard) masculins d’Europe de l’Ouest. Ces détenus, dont beaucoup de résistants, sont destinés à disparaître sans laisser de traces.

Clôture barbelée du camp de concentration de Natzweiler-Struthof.
Clôture barbelée du camp de concentration de Natzweiler-Struthof.

Des centaines d’exécutions de détenus par pendaison ou par fusillade sont perpétrées dans le camp. La potence est toujours là…

Potence du camp de concentration de Natzweiler-Struthof.
Potence du camp de concentration de Natzweiler-Struthof.

Parmi les déportés, plus de trente nationalités sont représentées, avec une majorité de Polonais, de Russes et de Français.

Miradors du camp de concentration de Natzweiler-Struthof.
Miradors du camp de concentration de Natzweiler-Struthof.

La prison

Comme si l’internement dans un camp de concentration ne suffisait pas, certains détenus étaient enfermés dans une prison en bas de la colline. Un chevalet de bastonnade témoigne des sévices infligés aux prisonniers.

La prison du camp de concentration de Natzweiler-Struthof.
La prison du camp de concentration de Natzweiler-Struthof.

Comme d’habitude, cliquez sur les photos pour les voir avec une meilleure qualité.

Couloir de la prison.
Couloir de la prison.
Une cellule de la prison.
Une cellule de la prison.
Chevalet de bastonnade dans la prison.
Chevalet de bastonnade dans la prison.

Le four crématoire

À côté de la prison, le bâtiment du four crématoire, avec sa sinistre cheminée. Des expériences pseudo-scientifiques y étaient menées sur des cobayes humains.

Le crématoire du camp de concentration de Natzweiler-Struthof.
Le crématoire du camp de concentration de Natzweiler-Struthof.

Une table d’autopsie occupe une salle au bout du bâtiment.

La table de dissection dans le bâtiment du four crématoire.
La table d’autopsie dans le bâtiment du four crématoire.

Lorsque les cobayes humains étaient décédés, leur corps était brûlé dans ce four crématoire. On y brûlait aussi les corps des détenus NN (nuit et brouillard) qui étaient amenés par la Gestapo pour être exécutés au camp. Les NN ne figuraient pas dans le fichier du camp, de sorte qu’il n’y ait aucune trace d’eux nulle part.

Le four crématoire du camp de concentration de Natzweiler-Struthof.
Le four crématoire du camp de concentration de Natzweiler-Struthof.
Le four crématoire du camp de concentration de Natzweiler-Struthof.
Le four crématoire du camp de concentration de Natzweiler-Struthof.
Le four crématoire du camp de concentration de Natzweiler-Struthof.
Le four crématoire du camp de concentration de Natzweiler-Struthof.

Des milliers de corps ont disparus dans le crématoire. Dans une salle près du four crématoire, des urnes funéraires étaient destinées à recevoir les cendres des suppliciés.

Les urnes funéraires dans le bâtiment du four crématoire.
Les urnes funéraires dans le bâtiment du four crématoire.

En contre-bas du bâtiment du four crématoire, on se débarrassait des cendres dans cette fosse, transformée en mémorial.

La fosse aux cendres du camp de concentration de Natzweiler-Struthof.
La fosse aux cendres du camp de concentration de Natzweiler-Struthof.

La Kommandantur

En sortant de l’enceinte du camp, on peut emprunter le « chemin des déportés » qui passe devant la villa occupée par la Kommandantur (commandement militaire allemand du camp), équipée d’une piscine.

Villa de la Kommandantur du camp de concentration de Natzweiler-Struthof.
Villa de la Kommandantur du camp de concentration de Natzweiler-Struthof.

La chambre à gaz

Le chemin des déportés mène à un bâtiment situé à 2 km du camp. C’est dans ce bâtiment qu’était installée une chambre à gaz, dans une salle de bal. En août 1943, 86 Juifs y furent assassinés pour alimenter la collection de squelettes juifs du professeur Hirt.

Le bâtiment de la chambre à gaz.
Le bâtiment de la chambre à gaz.
Le bâtiment de la chambre à gaz.
Le bâtiment de la chambre à gaz.

La chambre à gaz semble petite, environ 10 à 12 m². On y entassait 20 à 25 personnes nues avant de fermer la porte et déverser un mélange chimique mortel dans la petite fosse que l’on voit au sol, sur la troisième photo ci-dessous.

La chambre à gaz du camp de concentration de Natzweiler-Struthof.
La chambre à gaz du camp de concentration de Natzweiler-Struthof.
La chambre à gaz du camp de concentration de Natzweiler-Struthof.
La chambre à gaz du camp de concentration de Natzweiler-Struthof.
La chambre à gaz du camp de concentration de Natzweiler-Struthof.
La chambre à gaz du camp de concentration de Natzweiler-Struthof.

Accolé au camp principal, le Mémorial des martyrs et héros de la déportation fut inauguré par le général de Gaulle le 23 juillet 1960.

L'entrée du camp de concentration de Natzweiler-Struthof et le mémorial.
L’entrée du camp de concentration de Natzweiler-Struthof et le mémorial.

Haut de 40 mètres, il représente une flamme. La silhouette émaciée d’un déporté est gravée sur sa façade.

Mémorial du camp de concentration de Natzweiler-Struthof.
Mémorial du camp de concentration de Natzweiler-Struthof.

La dépouille d’un déporté inconnu repose au centre du monument, en symbole des victimes des camps. 14 urnes renfermant de la terre ou des cendres provenant des différents camps de concentration, sont placés dans un caveau au pied du Mémorial.

La tombe du déporté inconnu au mémorial du camp de concentration de Natzweiler-Struthof.
La tombe du déporté inconnu au mémorial du camp de concentration de Natzweiler-Struthof.

Juste à côté, 1117 corps exhumés des camps et des prisons nazis reposent dans la nécropole nationale.

La Nécropole nationale, près du mémorial.
La Nécropole nationale, près du mémorial.
La Nécropole nationale, près du mémorial.
La Nécropole nationale, près du mémorial.

Plus jamais ça.

Fil barbelé du camp de concentration de Natzweiler-Struthof.
Fil barbelé du camp de concentration de Natzweiler-Struthof.

www.struthof.fr


26 réflexions sur “Natzweiler-Struthof

  1. Bonsoir Phil, en ces temps troublés il est bon de rappeler que l’être humain peut être un monstre pour ses congénères. Que ces horreurs ont déjà eu lieu parce que des personnes étaient simplement différentes par leur religion, leur provenance, leur sexualité, leurs idées, leurs opinions. Ces lieux de mémoire doivent sans cesse rappeler la réalité tangible de cette inhumanité. J’ai toujours en mémoire que c’est (entre autre) le fait d’être une des premières femmes reporters qui pénétra dans cet enfer qui fit chanceler Lee Miller et la marqua pour le reste de ses jours. Elle ne fut pas la seule. Et j’ai une pensée plus qu’émue pour les rescapés qui ont dû réapprendre à vivre autant que faire se pouvait avec cette ignominie gravée au plus profond d’eux. Très beau témoignage, merci.

    • Bonsoir Jean-Pascal,
      Comme je l’écrivais plus bas, un de mes grand-pères, qui était résistant dans les Ardennes, a connu deux camps (pas celui-ci). Il s’est évadé du premier et a été libéré du deuxième par les Américains. Il a survécu mais ça l’a profondément marqué.
      J’imagine les heures pénibles qu’il a endurées…

  2. Tes photos nous font remonter le temps, qui réveille la mémoire sombre et douloureuse d’une époque pas si lointaine mais que beaucoup semblent avoir occulté.

    J’ai visité Dachau également, terrible. Mais le site du Struthof a ceci d’impressionnant qu’il se situe à flanc de colline. Ces baraquements étagés, la potence, et ce panneau d’entrée (en réalité un décor de cinéma réalisé pour le tournage du « Bal des Maudits » et conservé sur le site) qui ne promet que la mort.

    Bravo pour l’article.

      • Dans mon souvenir, le guide nous avait expliqué qu’à cet endroit il n’y avait qu’une simple clôture car le camp était en réalité beaucoup plus étendu. Et lorsqu’on sortait de l’espace des baraquements, on était encore dans le camp, cela ne nécessitait pas une telle architecture. Le décor de cinéma rend cette porte, disons, plus « photogénique » et illustre bien la réalité concentrationnaire et meurtrière des installations situées au-delà.

        • Effectivement, on voit bien sur la maquette qu’il y avait d’autres baraquements à l’endroit de l’actuel mémorial. Il y a même eu une période où les déportés étaient plus nombreux dans les camps annexes qu’au camp principal du Struthof.

  3. Je ne connaissais ce lieu que de nom et je n’ai pas eu envie d’aller le visiter car j’avais visité Auschwitz et vécu un des moments les plus écoeurants de mon existence suite à cette visite qui m’a fait faire des cauchemars durant plusieurs nuits. Ton article, très bien fait et documenté, étayé d’excellentes images est émouvant bien sûr et malheureusement, quand on voit ce qui se passe en ce moment dans le monde, on se dit que tous ces camps n’ont pas servi de leçon aux hommes qui sont toujours pétris de haine, violents, guerriers, tueurs et fous.

    Rien ne les arrêtera jamais et cela me désespère.

    • Comme tu le dis, les leçons de l’Histoire ne sont pas retenues et la folie de certains dirigeants nous fait craindre le pire. Comme quoi, rien n’est acquis. Même pas la Paix…

  4. Je connaissais l’existence du camp de Struthof, merci pour cette visite courageuse en images.
    On sait malheureusement ce qui s’est passé dans ces camps (en Allemagne et en Pologne aussi me semble-t-il), mais juste lire ces noms de camps, regarder ces clichés et lire quelques lignes, c’est déjà difficile tellement c’est émouvant.

    Je fais partie de ces personnes incapables de visiter ces lieux. Je suis allée à Verdun et Douaumont, mais je n’ai pas pu faire un seul pas…

    N’oublions jamais ce qui s’est passé à cette époque, et n’oublions pas de transmettre cette période horrible de notre Histoire.

    Bon week-end Philippe.

    • Oui, ce n’est pas drôle à visiter et je comprends qu’une personne hypersensible ne puisse pas le faire. Mais je ne pouvais pas passer à côté et l’ignorer. Un de mes grand-pères, qui était résistant dans les Ardennes, a connu deux camps (pas celui-ci). Il s’est évadé du premier et a été libéré du deuxième par les Américains. Il a survécu mais ça l’a profondément marqué.

      Alors je devais y aller.

      • Je comprends très bien ta position, c’est une sorte de devoir familial.
        Un de mes grands cousins a été prisonnier avec le papa de ma meilleure amie, heureusement ils s’en sont sortis, mais forcément très marqués aussi.

        Ce que je déplore, ce sont des dirigeants de pays qui ont oublié cette Histoire, et qui se jettent encore dans des guerres sans nom…

  5. Horrifying. It gives me chills just reading about it, to be reminded of what humanity is capable of. It is particularly frightening to see how quickly all this was forgotten – denied even and how keen some are to repeat it. I try to imagine swimming in that pool next door to such horrors and thinking it was alright. What kind of species are we? But I thank you for this. Much as it revolts me, I don’t want to forget.

    • It’s precisely because we must not forget that this site of horror has been preserved. Those who are fortunate enough not to have lived through that dark period must understand what happened so as not to repeat the same mistakes.

  6. Je n’ai fait que les premiers bâtiments car j’étais en sortie scolaire.
    Je n’ai pas encore eu l’occasion d’y retourner. Rien que la partie haute, c’est assez poignant.

    • La partie basse comprenant l’auberge et la chambre à gaz, avec son petit musée, est tout aussi « difficile ». Quand on pense à tous ces innocents qui ont perdu la vie dans ce petit local carrelé, dans d’atroces souffrances…

  7. Je like ton reportage car j’ignorais moi aussi l’existence d’un tel camp en France…

    Même si on ‘sait’ que ça a existé grâce aux témoignages de ceux qui en sont revenus, il n’est pas facile de rester serein quand on voit, visite ce genre de lieu…

    Merci Phil 🙏

    • N’étant pas un érudit d’histoire, je ne connaissais pas non plus ce camp, découvert sur place. C’était une occasion de voir un vrai camp de concentration avant le retour vers l’Ouest. Pas sûr d’avoir une deuxième opportunité. Mais il est vrai que ce n’est pas une visite très gaie. Elle est d’ailleurs déconseillée aux enfants de moins de 10 ans.

      Bonne soirée, Malyloup.

    • Juste pour préciser, le lieu ne faisait à l’époque plus partie du territoire français puisque Hitler s’était empressé de rattacher à nouveau l’Alsace à l’Allemagne après la défaite française de juin 40.

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